CONFÉRENCE-DÉBAT | La mise en technologies du « Runet souverain » : régulation de l’internet russe au prisme des STS avec Ksenia Ermoshina | Lundi 8 juin

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Lundi 8 juin | Activité en collaboration avec le Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST).

La mise en technologies du « Runet souverain » : régulation de l’internet russe au prisme des STS

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Résumé : Cette présentation propose une archéologie sociotechnique de la régulation de l’internet en Russie, depuis les premières infrastructures de surveillance des années 2000 jusqu’à la loi sur le « Runet souverain » de 2019 et ses développements post-2022. En combinant une approche ethnographique (entretiens auprès des fournisseurs d’accès Internet [FA]) russes, développeurs, ingénieurs réseaux et militants pour les « libertés du Runet »), analyse de la documentation technique et juridique et les mesures de trafic (OONI, IODA, RIPE Atlas), la présentation examine comment l’État russe a progressivement construit un appareil de contrôle de l’internet à travers une série d’assemblages sociotechniques hétérogènes impliquant le FSB, Roskomnadzor, les opérateurs télécom et Internet, les fournisseurs de matériel et les organismes de certification. Une attention particulière est portée aux dispositifs techniques concrets par lesquels se traduit le projet du « Runet souverain » : les boîtiers de filtrage et surveillance de trafic, les certificats nationaux, le système national DNS. La présentation analyse également les effets de la guerre en Ukraine sur les infrastructures : la russification des réseaux ukrainiens dans les territoires occupés, la campagne de blocage massif des VPN, et l’usage avancé du DPI pour un blocage par protocole.  La présentation se conclut par une intervention théorique : la remise en question du concept même de « Runet » comme objet analytique unifié. En croisant données de mesure réseau et cartographies des inégalités régionales, nous montrons que la censure numérique russe est une expérience radicalement inégale — géographiquement, linguistiquement, ethniquement — et que les régions les moins visibles dans les infrastructures de mesure sont aussi celles les plus exposées à la mobilisation militaire. Nous proposons en ce sens une approche décoloniale des études d’infrastructure réseau.

 

Intervenante : Ksenia Ermoshina est chargée de recherche au Centre Internet et Société du CNRS, chercheuse associée au Citizen Lab (Université de Toronto). Titulaire d’un doctorat en socio-économie de l’innovation du Centre de Sociologie de l’Innovation de Mines ParisTech (2016), ses travaux se situent à l’intersection des études d’infrastructure, des études sur la surveillance, de la sociologie politique et des études d’usabilité. Ses recherches portent notamment sur la géopolitique du routage internet, les effets des conflits armés sur les infrastructures de connectivité, et l’économie politique des technologies de censure et de surveillance, en particulier dans le contexte russe et ukrainien. Elle a conduit des enquêtes de terrain combinant mesures réseau, ethnographie et analyse des technologies de chiffrement, en s’intéressant aux usages de la sécurité numérique par les journalistes et les militants en environnements à haut risque. Elle est également chercheuse UX au sein d’eQualit.ie, où elle contribue au développement d’outils de contournement de la censure (Ceno, Ouisync), et collabore avec le projet Delta Chat.

Horaire : 12h45 à 14h00

Activité en présentiel (UQAM, J-8510) et en ligne.

Les informations de connexion vous seront retransmises quelques heures avant le début de l’activité dès lors que vous êtes inscrit-e.

This content has been updated on 29 May 2026 at 12 h 47 min.

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