Imaginaires algorithmiques: les pratiques et représentations des algorithmes dans le monde universitaire

Les algorithmes informatiques sont omniprésents, tant dans la vie quotidienne que dans la vie professionnelle. Le développement récent d’outils basés sur l’intelligence artificielle, comme le robot conversationnel ChatGPT, a contribué encore davantage à les intégrer dans une multitude de tâches et d’activités, notamment dans les milieux professionnels centrés sur la production et la circulation de l’information et de la connaissance, tels les milieux universitaires. Pourtant, les algorithmes restent entourés d’un certain « flou », d’une part parce que leur fonctionnement est nébuleux pour la vaste majorité des gens, et d’autre part parce qu’ils sont, la plupart du temps, invisibles, abstraits, opaques. Alors qu’ils influencent des décisions de plus en plus cruciales et façonnent notre monde de manière inédite, il importe de mieux comprendre le rôle central que les algorithmes jouent dans la société et de questionner la manière dont leur omniprésence et leur médiation grandissante de la vie sociale peut affecter les manières d’être et de faire, de nouer des relations et de travailler.

Ce projet vise ainsi à comprendre la place prise par les algorithmes dans nos sociétés contemporaines en interrogeant les imaginaires et les pratiques développés autour de deux types d’outils parmi les plus utilisés dans le contexte universitaire :  les outils d’intelligence artificielle générative (IAG) comme ChatGPT, Copilot, Perplexity ou Gemini, basés sur des algorithmes appelés « grands modèles de langage »; et les sites de réseaux sociaux scientifiques comme Academia, ResearchGate ou Mendeley, basés sur des algorithmes de recommandation de contenus et de mise en visibilité. Chacun de ces outils repose sur des familles distinctes d’algorithmes et soulève des enjeux spécifiques en regard des finalités et contextes dans lesquels ils ont été développés et au sein desquels ils sont utilisés.

Nous proposons d’étudier les « imaginaires algorithmiques » qui se développent autour de ces outils pour mieux comprendre comment ces imaginaires influent sur a) la manière dont les algorithmes sont produits (par les personnes chargées de leur conception et développement) et b) la manière dont ils s’intègrent au quotidien en contribuant à transformer les pratiques elles-mêmes (par les personnes qui en font usage dans leurs pratiques de travail, en l’occurrence universitaires). Il s’agit d’examiner, d’un côté, les imaginaires des ingénieurs qui conçoivent les algorithmes, et de l’autre, les imaginaires des professeurs et des étudiants qui les utilisent, pour comprendre plus largement leur influence sur la transformation du travail intellectuel et de la circulation des publications savantes.

Plus précisément, ce projet vise les trois objectifs suivants :

  1. Décrire et analyser les imaginaires des concepteurs/développeurs des algorithmes sur lesquels reposent des outils basés sur des techniques d’IA générative et des sites de réseaux sociaux scientifiques pour saisir comment ils en conçoivent les usages possibles. Ce faisant, le projet entend combler une lacune importante dans les études sociales sur les algorithmes, lesquelles tendent à se centrer sur l’étude des imaginaires des usagers au détriment de ceux des designers. Quoique suscitant un intérêt croissant, l’influence des imaginaires sur le développement d’innovations technologiques reste en effet peu étudiée.
  2. Décrire et analyser les imaginaires algorithmiques des usagers pour comprendre la manière dont ces imaginaires affectent leurs usages des outils et les pratiques sociales dans lesquels ces usages s’inscrivent. Ce faisant, le projet apportera de nouvelles connaissances sur le rapport « ordinaire » aux algorithmes, sur les contextes dans lesquels les usagers prennent conscience de leur existence et sur le sens qu’ils leur donnent.
  3. Saisir comment les imaginaires de conception s’articulent aux imaginaires d’utilisation étant donné les interactions constantes entre les algorithmes et leurs usagers.

Le projet est dirigé par Florence Millerand (subvention CRSH Savoir 2025-2028).  Guillaume Latzko-Toth et Claudine Bonneau y participent à titre de cochercheurs.

Ce contenu a été mis à jour le 19 novembre 2025 à 17 h 18 min.