Enjeux méthodologiques de la recherche sur les usages d’Internet et des technologies numériques

En collaboration avec le LabCMO et la Chaire de recherche UQAM sur les usages des technologies numériques et les mutations de la communication, ce colloque vise à réunir des chercheurs francophones issus de diverses institutions afin de tenir un dialogue fécond sur les processus méthodologiques de la recherche sur les usages d’Internet et des technologies numériques.

Avec les développements récents d’Internet et l’adoption massive des technologies numériques, les chercheurs en sciences sociales ont dû innover et développer des méthodes de collecte et d’analyse permettant de saisir des phénomènes en émergence (Barats et al., 2013). Certaines méthodes classiques comme l’ethnographie ont été adaptées aux objets de recherche numériques (Hine, 2000; 2015). D’autres ont émergé en tant que méthodes spécifiques, comme l’analyse algorithmique de gigantesques ensembles de données (big data) (DeLyser et Sui, 2013) et les méthodes numériques (digital methods) (Rogers, 2013). Ces dernières années, plusieurs colloques et de nombreuses publications scientifiques ont porté sur les enjeux liés à l’étude d’Internet et des technologies numériques, notamment en ce qui a trait à l’éthique de la recherche (Thoër et al., 2012; Latzko-Toth et Pastinelli, 2014), à l’épistémologie (Crawford et al., 2014; Boyd et Crawford, 2012) et aux effets culturels et politiques (Fuchs et al., 2013).

Ainsi, du design de la stratégie méthodologique jusqu’à la finalisation des analyses en passant par l’opérationnalisation des concepts, comment la recherche en sciences sociales, notamment en communication, s’adapte-t-elle à l’étude d’Internet et des usages des technologies numériques? Comment justifier la constitution d’un échantillon ou d’un corpus? À l’aune de quels critères établir la validité de nos données? De quelles manières les outils d’analyse sont-ils sélectionnés et quels en sont les biais inhérents? Ce colloque représente une occasion, d’une part, de recenser les différentes stratégies et outils méthodologiques utilisés afin d’étudier les usages d’Internet et des technologies numériques et, d’autre part, de réfléchir et de critiquer nos démarches de recherche en vue de les améliorer.

Responsable(s)

Mélanie MILLETTE, UQAM – Université du Québec à Montréal

David Myles, UdeM – Université de Montréal

Ghada Touir, UQAM – Université du Québec à Montréal


Mercredi 11 Mai 2016

9 h 00 – 9 h 15   Mot de bienvenue

Mélanie MILLETTE UQAM – Université du Québec à Montréal
Serge PROULX UQAM – Université du Québec à Montréal

9 h 15 – 10 h 15   Conférence d’ouverture par Dominique Boullier : présentation du livre Les sciences sociales face aux traces du big data

Défis méthodologiques de la recherche sur les usages et les pratiques

Présidente de séance : Josianne Millette – Université Laval

10:30   Enquêter sur les usages dans une perspective complexe : proposition d’un cadre épistémologique

Alexandre COUTANT UQAM – Université du Québec à Montréal
Jean-claude DOMENGET – Université de Franche-Comté

Entreprendre une recherche sur les usages place le chercheur face à de nombreux choix difficiles sur le plan des dimensions à analyser et des matériaux à accumuler. La complexité des phénomènes sociotechniques rend effectivement délicat de circonscrire le terrain concerné (Jouët, Le Caroff, 2013). Leur évolution rapide, fruit d’une équivocité intrinsèque des dispositifs développés (Weick, 1990) désormais exploitée dans leur conception même (Latzko-Toth, 2014), rend suspecte toute tentative de généralisation. Face à ces défis, de nombreux bilans soulignent le risque de s’en tenir à des descriptions sans portée théorique ou de théorisation déconnectée des faits empiriques (Jouët, 2000 ; Denouël, Granjon, 2011 ; Vidal, 2012). Pour autant, les nombreux courants s’intéressant aux phénomènes techniques en société ne dialoguent pas naturellement tant leurs choix de cadrages théorique et méthodologique peuvent paraître a priori éloignés. Le chercheur sensible à ces différentes approches peut alors peiner à mettre en place un protocole d’enquête intégrant ces angles complémentaires. Pour répondre à ces enjeux, de nombreux programmes ambitieux de recherche ont été élaborés (Granjon, 2004 ; Jauréguiberry, Proulx, 2011 ; Jouët, 1993 ; Vitalis, 1994), mais leur exigence ne les rend pas nécessairement aisés à appliquer. Cette contribution propose une tentative de mise en place d’un cadre épistémologique de recherche sur les usages au sein duquel situer son apport.

11:00   De la complexité d’approcher méthodologiquement les usages numériques éducatifs non institutionnels : enjeux, défis et possibilités

Nicolas ROLAND

De nombreuses recherches (Charlier, 2014; Peraya et Bonfils, 2014; Roland et Talbot, 2014) montrent que les étudiants universitaires recourent à des outils et des services numériques dans le but de créer et d’organiser leur environnement personnel d’apprentissage (EPA). Ceci a engendré une évolution fondamentale dans la manière de penser le recours aux outils numériques par les apprenants en s’intéressant particulièrement aux pratiques effectuées en marge des dispositifs sociotechniques proposés par leur institution pédagogique (Bonfils et Peraya, 2012). Toutefois, cet objet nécessite de repenser la définition des corpus (et leur diversité), ainsi que les pratiques de recueil et d’analyse de données. Notre contribution a pour objectif de mettre en exergue les défis méthodologiques d’une volonté d’appréhender les usages numériques éducatifs dans leur complexité, leur polymorphie et leur dynamisme. À partir d’une revue de la littérature des travaux sur les usages numériques éducatifs développés par les apprenants universitaires en contexte non institutionnel, nous étudions la manière dont ces recherches sont construites en termes d’épistémologie, de corpus, d’approche méthodologique. Cet état de l’art permet de faire émerger les enjeux de ces choix méthodologiques, les défis que présentent l’étude des EPA et des usages numériques éducatifs non institutionnels ainsi que les opportunités offertes au travers de nouvelles approches de ces objets de recherche.

11:30   Retour d’expérience sur le Hackathon Recherche République Numérique : méthodes numériques développées autour des données (data) de la consultation sur le projet de loi numérique en France

Célya GRUSON-DANIEL – MyScienceWork

En octobre 2015, la France fut l’investigatrice d’une initiative originale dans la fabrique de la loi. Elle a proposé un site de consultation en ligne sur un projet de loi numérique afin de recueillir les propositions des participants et d’en intégrer certaines dans le texte présenté par la suite pour adoption. Cette consultation de deux semaines a provoqué une mobilisation forte autour des thématiques proposées telles que la circulation des données et du savoir, la protection de la vie privée en ligne, etc. À cette occasion, un hackathon Recherche (#HackRepNum) a été organisé et a regroupé différents profils (chercheurs, ingénieurs, juristes, concepteurs, etc.). L’objectif de cette journée était d’analyser les dynamiques de contributions, mais aussid’explorer les différents avis émis sur des thématiques sujettes à des prises de position fortes. Nous proposons dans cette communication un retour d’expérience sur ce hackathon et une présentation des travaux réalisés par les équipes impliquées. Dans une démarche d’anthropologie des connaissances, nous reviendrons sur les différentes étapes associées aux méthodes de recherche numérique développées : de l’acquisition du texte du site de la consultation jusqu’à leurs représentations graphiques. Cette présentation montrera l’importance du travail itératif de lecture/écriture/« mise en vue » réalisé par les acteurs impliqués dans les différentes étapes de cette recherche et des enjeux sociotechniques qui les sous-tendent.

12:00   L’analyse forensique des métadonnées intégrées aux images : enjeux méthodologiques

Nathalie CASEMAJOR LOUSTAU – Université du Québec en Outaouais

Quand une image est publiée sur le Web, un set de données textuelles logées à l’intérieur du fichier est également rendu public. Les métadonnées intégrées (embedded metadata) sont un ensemble d’informations descriptives, techniques et administratives qui circulent subrepticement sur Internet. Ces microarchives mobiles documentent le cycle de vie des images : elles fournissent des indices sur le contexte de création et d’utilisation de ces artefacts. La littérature récente a mis en évidence les enjeux des métadonnées en lien avec l’économie numérique et les infrastructures informationnelles. Nombre de ces études portent sur le secteur musical, notamment sur les systèmes algorithmiques de recommandation (Beer, 2013; Morris, 2015). Dans le domaine photographique, plusieurs articles ont souligné le rôle des métadonnées de plateforme dans le classement des images par les photographes amateurs et professionnels (Van Dijck, 2010; Boullier et Crepel, 2014). Peu se sont attardés sur les spécificités des métadonnées intégrées aux fichiers images. Cette communication explore le potentiel et les limites des métadonnées intégrées comme source d’information pour étudier les trajectoires de diffusion des images numériques. Quel usage forensique peut-on en faire pour analyser les conditions sociotechniques de circulation des images sur les réseaux numériques? Et quelles sont les questions éthiques soulevées par l’analyse d’informations partagées à l’insu des internautes?

12:00   L’analyse forensique des métadonnées intégrées aux images : enjeux méthodologiques

Nathalie CASEMAJOR LOUSTAU – Université du Québec en Outaouais

Quand une image est publiée sur le Web, un set de données textuelles logées à l’intérieur du fichier est également rendu public. Les métadonnées intégrées (embedded metadata) sont un ensemble d’informations descriptives, techniques et administratives qui circulent subrepticement sur Internet. Ces microarchives mobiles documentent le cycle de vie des images : elles fournissent des indices sur le contexte de création et d’utilisation de ces artefacts. La littérature récente a mis en évidence les enjeux des métadonnées en lien avec l’économie numérique et les infrastructures informationnelles. Nombre de ces études portent sur le secteur musical, notamment sur les systèmes algorithmiques de recommandation (Beer, 2013; Morris, 2015). Dans le domaine photographique, plusieurs articles ont souligné le rôle des métadonnées de plateforme dans le classement des images par les photographes amateurs et professionnels (Van Dijck, 2010; Boullier et Crepel, 2014). Peu se sont attardés sur les spécificités des métadonnées intégrées aux fichiers images. Cette communication explore le potentiel et les limites des métadonnées intégrées comme source d’information pour étudier les trajectoires de diffusion des images numériques. Quel usage forensique peut-on en faire pour analyser les conditions sociotechniques de circulation des images sur les réseaux numériques? Et quelles sont les questions éthiques soulevées par l’analyse d’informations partagées à l’insu des internautes?

12 h 30 – 14 h 00 Dîner

Appréhender les terrains, trianguler les approches : stratégies à dominance qualitative

Présidente de séance : Claudine Bonneau

14:00   Comprendre la pratique des relations publiques en ligne : enjeux et apports méthodologiques d’une approche qualitative multiplateforme

Josianne MILLETTE – Université Laval

Les travaux en relations publiques consacrés au Web social ont été largement dominés par des approches quantitatives et des analyses de contenu visant à évaluer la présence du modèle de communication bidirectionnel symétrique (Kang, Ki & Ye, 2012; Robson et James, 2013). Ces approches tendent à négliger le caractère situé des pratiques en ligne et permettent difficilement d’explorer les logiques, motivations et normes qui les traversent (Marwick, 2013). L’objectif de cette communication est de réfléchir sur les enjeux méthodologiques de la recherche sur les pratiques professionnelles de la communication en ligne en présentant une démarche de recherche qualitative multiméthodes. S’inspirant de la sociologie des usages (Proulx et Jauréguiberry, 2011) et dans un « esprit ethnographique » (L’Etang, 2012), une série d’entretiens et d’observations en ligne a été menée auprès de communicateurs et relationnistes. La présentation de cette démarche servira de trame pour réfléchir aux enjeux relatifs à la temporalité des usages (Domenget et Latzko-Toth, 2015) et à la visibilité relative de ceux-ci pour l’observateur externe en fonction des algorithmes (Tufekci, 2014), des niveaux de communication pratiqués (Bruns et Moe, 2014) ou de leur degré de publicité (Latzko-Ttoth et Pastinelli, 2013). Ces éléments soulèveront les enjeux liés à l’entrelacement entre le personnel et le professionnel dans les espaces en ligne investis dans le cadre du travail en relations publiques.

14:30   Du piratage culturel au Web 2.0 : quelle(s) méthode(s) pour une observation empirique des pratiques culturelles « populaires » en ligne?

Martin TÉTU UQAM – Université du Québec à Montréal

Les pratiques culturelles au Québec sont traditionnellement observées par enquête et mesurées par la consommation des produits culturels. Or, l’activité culturelle en ligne amène une nouvelle dynamique « populaire » autour des œuvres artistiques. En effet, dans la foulée d’une « culture de la gratuité » (Proulx et Goldenberg, 2010) en émergence, les usagers devenus participatifs (Livingstone, 2012) investissent massivement le terrain numérique pour accéder à des œuvres culturelles, les partager, les mettre en ligne. Comment observer concrètement de telles pratiques inédites? En particulier, comment suivre l’activité des usagers québécois à travers les plateformes transnationales du Web 2.0? Notre communication souhaite contribuer à documenter stratégies et outils méthodologiques pour la recherche culturelle des activités en ligne, basée sur près d’une décennie de recherches empiriques sur les terrains numériques, notamment le piratage culturel (Tétu, 2010) et la diffusion sur les médias sociaux (Tétu, 2016). Notre communication présentera la synthèse des observations et des analyses de plusieurs plateformes : modalités d’observation (choix du terrain, position d’observateur), collecte (captation automatisée ou non, traitement, validation), contraintes et angles morts. Des avenues moins explorées seront aussi discutées comme l’usage mixte netnographie et big data, de même que la question centrale de la comparabilité / comparaison des activités en ligne et « hors ligne ».

15:00     De l’autre côté de l’écran : prendre en compte les acteurs dans l’analyse des usages des réseaux socionumériques, apports et limites de différents dispositifs méthodologiques

Sandrine ROGINSKY – Université catholique de Louvain

La recherche que nous menons depuis 2009 sur l’usage des réseaux socionumériques par les députés européens nous a amenée à diversifier les méthodes de collecte et d’analyse de données. À l’observation participante des premiers temps s’est ajoutée la conduite d’entretiens semi-directifs, ainsi que la collecte de données en ligne. Chaque dispositif méthodologique a nécessité de développer des grilles d’analyses appropriées qu’il a fallu articuler et combiner. Nous souhaitons ici revenir sur ces différentes étapes et la variété des points de vue qu’elles permettent pour appréhender l’objet de recherche dans sa complexité. En effet, il semble important de ne pas se focaliser uniquement sur les données que nous donnent à voir les réseaux socionumériques, mais de s’intéresser également aux acteurs derrière les données et aux contextes, à la fois en ligne et hors ligne, dans lesquels ceux-ci évoluent (Roginsky, 2014). Ces éléments permettent d’ailleurs d’interpréter les données collectées en ligne au plus près des représentations que s’en font les acteurs et donc des significations d’usages qui sont les leurs. Nous nous appuierons pour illustrer nos propos sur les différents types de données collectées au cours de notre recherche, avec une attention particulière portée à la constitution et la nature de notre corpus. Notre présentation intègre également une réflexion sur l’apport de l’approche sociotechnique (Coutant, 2015) et l’ouverture à l’interdisciplinarité.

15:30    Pause

15:45    L’écoute musicale en contexte numérique : une étude des pratiques amateurs

Éléonore LEFRANÇOIS – UQAM – Université du Québec à Montréal (désistement de dernière minute)

L’écoute musicale est une activité instrumentée qui évolue au gré des avancées techniques. La numérisation de la musique enregistrée et l’intensification de l’utilisation d’Internet ont apporté de nouvelles perspectives en termes de dispositifs et de pratiques d’écoute musicale. En plaçant l’étude des pratiques d’amateurs de musique au cœur de notre recherche et en considérant ces dernières comme un art de faire personnel et réflexif (Hennion, 2002), nous tentons d’explorer et de comprendre ce qui « attache » les amateurs à leur musique aujourd’hui. Cette recherche repose sur un raisonnement inductif et une approche compréhensive des pratiques amateurs. L’enjeu méthodologique principal de cette recherche tient à la difficulté de rendre compte, au plus près, de l’expérience de l’amateur. Dans cette optique, nous avons mis en place une stratégie de recherche basée sur la méthode du récit de pratique que nous opérationnalisons par la conduite d’entrevues semi-dirigées combinée à l’observation photographique du « terrain de jeu » des amateurs (photos du dispositif, du lieu ou du contexte d’écoute prises par le participant). Cette stratégie permet le recueil de données « enrichies » tout en offrant une vue sur l’expérience d’écoute du point de vue des participants.

16:15     La visite commentée des historiques personnels comme fenêtre sur les pratiques numériques des individus

Nicole GALLANT – Institut national de la recherche scientifique
Katherine LABRECQUEINRS -UCS – Institut national de la recherche scientifique – Urbanisation Culture Société
Guillaume LATZKO-TOTH – Université Laval
Madeleine PASTINELLI – Université Laval

Cette communication présentera une approche inédite de l’étude des pratiques informationnelles en ligne des individus, que nous avons utilisée pour deux projets: 1) sur la circulation de l’information via Facebook pendant la grève étudiante de 2012 au Québec et 2) sur les pratiques informationnelles des personnes en quête d’insertion professionnelle (jeunes et nouveaux arrivants). Le dispositif consiste à procéder à des rencontres individuelles en deux temps. La première partie prend la forme d’un entretien semi-dirigé classique (abordant les pratiques informationnelles en général et les parcours individuels liés à l’objet d’étude). La seconde partie vise une exploration des traces d’activité (partages, commentaires, mentions « j’aime ») archivées dans l’historique personnel des usagers (sur Facebook dans le premier projet; sur une diversité de sites dans le second). Or, plutôt que « d’aspirer » ces traces avec un dispositif informatique permettant leur collecte exhaustive, nous procédons à une « visite commentée » de l’historique avec le participant, en effectuant un enregistrement dynamique à la fois de l’image affichée à l’écran et du commentaire verbal. Cette méthode permet d’observer rétrospectivement les pratiques numériques effectives, tout en bénéficiant des explications contextuelles du répondant et, surtout, de sa réflexivité sur le sens de ces pratiques. Ce procédé génère des données riches qui permettent de faire émerger la diversité des usages et des compétences.

Jeudi 12 Mai 2016

8 h 30 – 10 h 00 : Ateliers d’encadrement pour étudiants (activité non accessible au public)

Recruter des participants et collecter des données en contexte numérique : enjeux et perspectives

Président de séance : Alexandre Coutant

10:00    L’étude des usages engagés du Web social pour l’environnement : enjeux méthodologiques

Ghada TOUIR UQAM – Université du Québec à Montréal

Le développement du Web social a entrainé de nombreux changements et transformations, dont le renouvellement de l’engagement social et politique des citoyennes et des citoyens en matière d’environnement hors du cadre associatif. Notre étude empirique cherche à savoir si l’engagement citoyen en ligne en matière d’environnement est différencié selon le genre. Elle soulève de nouveaux enjeux méthodologiques pour la recherche scientifique en sciences humaines et sociales. L’objectif de cette communication sera de relever les enjeux méthodologiques suscités par cette recherche, dont: 1) la découverte et la recension des espaces de collectifs citoyens (pages, groupes, communautés, etc.) œuvrant dans le secteur de l’environnement au Québec (comme Ensemble contre les sables bitumineux, Sauvons les Bélugas, Stop Oléduc, etc.) sur diverses plateformes numériques; 2) les modalités de collecte de données, notamment l’observation en ligne, l’analyse des statistiques de collectifs et la réalisation d’entrevues; 3) les défis techniques d’accès, de capture et d’analyse de très grands corpus de données et de traces numériques (big data) issus de plateformes diversifiées, comme les réseaux socionumériques (Facebook, Twitter, etc.) et les blogues de militantes et militants québécois en matière de protection et de préservation de l’environnement.

10:30    La « chambre » numérique : vers de nouveaux espaces privés adolescents

Nina DUQUE UQAM – Université du Québec à Montréal

Aujourd’hui, les jeunes sont plongés dès leur plus jeune âge dans une multiplicité de dispositifs technologiques. Ils se créent des comptes en ligne, naviguent sur des sites Internet, se rencontrent sur les réseaux sociaux ou échangent des contenus de tout type à partir d’une panoplie d’objets technologiques performants et mobiles. Leurs espaces ne sont plus exclusivement physiques, mais sont de plus en plus numériques, connectés, accessibles à tout moment de la journée et depuis n’importe quel lieu. Ces nouvelles pratiques numériques engendrent de nouvelles considérations face aux espaces adolescents, qui s’en voient considérablement transformées. Cette communication rendra compte des différentes méthodes de collecte de données utilisées dans notre recherche doctorale sur les nouveaux espaces socionumériques adolescents ainsi que des limites de ces outils pour saisir ces lieux qu’ils et elles « habitent » en ligne. Nous préciserons comment nous avons étudié la façon dont les jeunes utilisent les réseaux en tant qu’espaces intimes et privés et de quelle façon ces outils nous ont permis de comprendre les processus émergents d’une appropriation propre de l’espace numérique. Plus précisément, nous discuterons de notre approche d’inspiration ethnographique basée sur une observation de leurs activités en ligne, notamment leurs usages des médias sociaux, et des entrevues semi-dirigées que nous avons effectuées auprès d’eux.

11:00    L’usage d’Internet à des fins de recrutement dans une enquête sociologique qualitative : questions de méthode et réflexions a posteriori

Amélie GROLEAU – Université McGill

L’élaboration d’une enquête sociologique qualitative pousse à de nombreux choix méthodologiques, notamment au moment de la collecte de données. Or, chaque terrain comporte ses caractéristiques sociales et ses défis particuliers (Darmon, 2005). Ainsi, s’il est relativement facile de contacter des individus partageant une même situation sociale (ex. étudiants décrocheurs), encore faut-il les trouver. Cherchant à effectuer, dans le cadre de notre thèse, des entretiens semi-directifs auprès d’individus ayant un profil scolaire et social très spécifique, nous avons rapidement été confrontée à la question du recrutement des participants. Afin de contourner le problème, nous avons réalisé un vaste sondage en ligne, ouvert à tous et diffusé dans notre réseau d’interconnaissances afin de trouver parmi les répondants des individus cumulant les caractéristiques recherchées. L’usage d’Internet s’est avéré très efficace. En l’espace de quelques semaines, nous avons reçu un nombre de réponses surpassant nos attentes, ce qui nous a permis de procéder à notre enquête de terrain. Néanmoins, cette stratégie méthodologique a également soulevé certaines questions concernant, par exemple, le stockage des données, les critères de sélection à privilégier ou l’exploitation statistique de réponses n’ayant pas été collectées à cette fin. Cette communication vise à rendre compte de cette expérience de recherche tout en explorant les enjeux méthodologiques liés au recrutement en ligne de participants.

11:30   À propos d’une enquête sur la mort et le numérique : réflexivité sur les biais méthodologiques

Hélène BOURDELOIE – Université Paris-Nord (Paris 13)

Cette présentation repose sur l’enquête universitaire quantitative et qualitative Usages du web et éternités numériques conduite dans le cadre du projet de recherche ENEID éternités numériques. Nous nousinterrogerons sur la manière dont la diffusion et la communication d’une enquête – à savoir la démarche pour recueillir des réponses, mais aussi la manière de les communiquer – auprès de populations cibles influent tant sur le dispositif méthodologique que sur les résultats. Un sujet qui porte sur la mort et le numérique implique en effet un certain nombre de difficultés qu’il s’agira, d’une part, d’identifier. En effet, les biais méthodologiques au principe de la construction du questionnaire et de la communication/diffusion des résultats sont nombreux. Il s’agira d’autre part de développer une approche réflexive sur la façon dont la construction et la communication de cette enquête participent de sa significativité statistique. Nous nous demanderons alors dans quelle mesure le recours à l’enquête qualitative, laquelle répond à une autre épistémologie, peut permettre de déjouer l’implicite référentiel.

12 h 00 – 13 h 45 Dîner

De Netflix à YouTube : le visionnement en ligne et ses dimensions multiples

Président de séance : Jean-Claude Domenget – Université de Franche-Comté

13:45   Cerner les pratiques de visionnement connecté chez les jeunes ou comment saisir des pratiques qui s’entrecroisent et s’inscrivent dans différents espaces et temps sociaux

Christine THOER UQAM – Université du Québec à Montréal,
Florence MILLERAND UQAM – Université duQuébec à Montréal,
Nina DUQUE UQAM – Université du Québec à Montréal,
Caroline VRIGNAUD UQAM – Université du Québec à Montréal,
Judith GAUDET UQAM – Université du Québec à Montréal

Internet constitue aujourd’hui un mode d’accès aux contenus de divertissement audiovisuels privilégié par les adolescents et les jeunes adultes. Notre recherche réalisée auprès de jeunes Québécois âgés de 12 à 25 ans vise à comprendre comment les dispositifs techniques du Web social, qui ne cessent de se transformer, font émerger de nouvelles pratiques de visionnement de contenus, en mode « connecté », chez ces jeunes publics. Nous présentons les défis méthodologiques rencontrés pour documenter ces nouvelles pratiques qui s’inscrivent dans des temps et des espaces sociaux multiples, notamment nos difficultés à cerner les types de contenus visionnés en ligne, les contextes de visionnement, le temps consacré quotidiennement à ces pratiques, les modalités de découverte, d’accès et de sélection des contenus, les périphériques utilisés et les catégories auxquelles recourent les jeunes pour désigner ces contenus, celles-ci ne correspondant pas aux genres télévisuels traditionnels. Réalisé en parallèle d’autres activités, le divertissement connecté implique une grande diversité de contenus et se cristallise en rituels que les jeunes peinent à déployer. Nous présenterons les différentes méthodes de collecte de données utilisées dans la recherche (groupes focus, entrevues semi-dirigées, questionnaires, journaux de pratique) et leurs limites pour cerner les pratiques de ces jeunes de catégories d’âge et de milieux socioéconomiques variés.

14:15   La configuration des usages sur Netflix : le système de recommandation Cinematch et la représentation de l’usager

Gabrielle SILVA MOTA DRUMOND – UQAM – Université du Québec à Montréal

La prescription ou la « configuration » des usages par le service de vidéo à la demande Netflix est associée à l’exploitation et au traitement des données des usagers effectués par le système de recommandation Cinematch. Une trajectoire particulière d’usage et de consommation des contenus découlerait de ce modèlede prescription par les algorithmes. Cette trajectoire serait reliée au phénomène du binge watching (ou écoute en rafale) et au mode d’usage circonscrit à certains types de contenus. L’analyse de la configuration des usages empruntera une stratégie méthodologique basée sur l’étude de l’algorithme, de l’interface de la plateforme et du site web de Netflix (Canada). Cette communication présentera l’originalité de la stratégie méthodologique développée dans le cadre de cette recherche, ainsi que ses principaux enjeux, en insistant en particulier sur les défis posés par l’étude de l’algorithme. À titre d’exemple, nous avons recours à la collaboration d’interprètes appartenant au domaine de l’informatique (ou machine learning) en raison du caractère technique et de la densité des informations à analyser.

15:15   Du social à la rescousse du numérique : le récit en trois temps d’une recherche imprévisible sur des usages de la vidéo et de YouTube par des adolescents

Mathieu BÉGIN – Université de Montréal

Dans le cadre de cette communication, notre objectif est d’illustrer certaines limites d’Internet comme contexte de recrutement de participants et de collecte de données pour la recherche, en nous appuyant sur une récente expérience de terrain. L’étude à laquelle nous réfèrerons porte sur la production, la publication et la consultation, dans YouTube, de vidéos amateurs sur le thème de la cyberintimidation. Son premier objectif est de décrire les représentations sociales de vidéastes adolescents au regard de leurs usages de la vidéo numérique, et de YouTube comme contexte de communication socio-éducative et d’apprentissage. Nous avons amorcé sa phase de recrutement de participants par l’envoi de demandes de participation à un sondage en ligne et à une entrevue individuelle à distance, en ciblant 60 vidéastes. Au terme d’une période de 9 mois, 8 d’entre eux ont répondu à notre sondage et 3 ont accepté de participer à une entrevue. À la suite de cet insuccès, nous avons donc entrepris une analyse des contenus audio, scripturaux et visuels des 60 vidéos amateurs repérées dans YouTube. L’étude de ce matériel collecté en ligne s’est avérée pertinente pour répondre à nos questionnements initiaux, sans toutefois être suffisamment riche en information. Au final, c’est en nous tournant vers l’étude de la réception d’un échantillon de ces vidéos chez 75 adolescents, dans 15 maisons de jeunes du Québec, « au cœur du social », que nous avons trouvé un terreau fertile en renseignements.

15:45   Pause

16 h 00 – 17 h 00 : Table ronde de clôture : étudier les usages d’internet et des technologies numériques au quotidien, témoignages de chercheures en communication – Panel

Présidence/animation :   Mélanie MILLETTE UQAM – Université du Québec à Montréal

Participant(s): Claire BALLEYS INRS – UCS – Institut national de la recherche scientifique – Urbanisation Culture Société
Hélène BOURDELOIE – Université Paris-Nord (Paris 13),
Nathalie CASEMAJOR – Université du Québec en Outaouais,
Millerand FLORENCE UQAM – Université du Québec à Montréal,
Sandrine ROGINSKY UCL – Université catholique de Louvain

Ce contenu a été mis à jour le 10 septembre 2018 à 23 h 47 min.

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