Grindr, une menace pour la sécurité nationale états-unienne?

La mise en données des pratiques de rencontres queer : un cas de gouvernance numérique homophobe

Une présentation de David Myles, postdoctorant au Digital Media Research Centre, Queensland University of Technology et Professeur associé, Département de sexologie, UQAM

Vendredi 6 mars 2020 de 14h à 16h
UQAM J-1090 | Accessible également par visioconférence

INSCRIPTION GRATUITE

Résumé :

De 2016 à 2018, l’acquisition graduelle de Grindr – l’application de rencontres la plus populaire chez les hommes queer – par l’entreprise chinoise Kunlun Tech est largement passée inaperçue. Récemment, une décision inédite du Committee on Foreign Investment in the United States (CFIUS) a placé Grindr au centre d’une importante controverse en forçant la société chinoise à vendre l’application d’ici juin 2020, citant des risques pour la sécurité nationale états-unienne. Cette décision s’inscrit dans les préoccupations croissantes des États-Unis envers les plateformes numériques étrangères qui opèrent la mise en données et le traitement algorithmique des pratiques sensibles de ses citoyens.

Cette présentation a comme objectif d’examiner le modèle opératoire de Grindr et comprendre comment l’application a été construite à titre de menace pour la sécurité nationale états-unienne.

Pour ce faire, nous arrimons l’analyse infrastructurelle des plateformes numériques (Plantin et al., 2018) à l’économie politique des applications de rencontres (Wilken, et al., 2019). Nous prêtons particulièrement attention aux enjeux commerciaux (monétisation des pratiques intimes d’usagers) et de gouvernance (sécurisation des données privées) générés par le mode opératoire de Grindr.

Notre analyse puise dans l’approche méthodologique de l’app walkthrough (Light et al, 2018) qui mise sur un assemblage d’outils de collecte et d’analyse (comme l’observation en ligne, l’étude des affordances, l’analyse documentaire, l’analyse du discours et l’entretien sur traces) pour décortiquer l’écosystème des applications mobiles, ainsi qu’identifier les acteurs qui participent à sa construction sociale et matérielle. Notre analyse de la décision rendue par CFIUS illustre la présence de conceptions homophobes (et sinophobes) persistantes vis-à-vis la médiation numérique des pratiques de rencontres queer dont les origines et les implications en matière de gouvernance technologique seront examinées. Nous conclurons cette présentation en abordant les bénéfices et limites de l’app walkthrough method pour saisir les enjeux socioculturels, politiques et économiques liés au traitement algorithmique de données massives opéré par les applications mobiles.

Intervenant :

David Myles, Chercheur postdoctoral, Digital Media Research Centre, Queensland University of Technology et Professeur associé, Département de sexologie, UQAM

Ce contenu a été mis à jour le 12 mars 2020 à 17 h 24 min.